Aller au contenu principal

Journal

Intoxication à l'ammoniaque et aux nitrites Poissons qui halètent en surface et lecture des tests d'eau

1 824 mots, 8 min de lecture

Intoxication à l'ammoniaque et aux nitrites – Poissons qui halètent en surface et lecture des tests d'eau
Image d'en-tête (illustration) : l'espèce représentée est un danio zébré ; il ne s'agit pas d'une illustration des symptômes

Quand un poisson se met soudain à haleter en surface, refuse de manger ou devient moins actif, mesurez d'abord l'ammoniaque, les nitrites, le pH et la température de l'eau, et vérifiez l'oxygène dissous et le matériel. Une intoxication liée à la qualité de l'eau peut ressembler à une infection, et aussi rendre le poisson plus sensible aux infections secondaires ; les deux peuvent coexister.[1][2]

Que faire d'abord si le test détecte de l'ammoniaque ou des nitrites

Réduisez d'abord la nourriture ou suspendez les repas, retirez les restes et les matières organiques mortes, et vérifiez que la filtration et l'aération fonctionnent. Un court jeûne a généralement peu d'effet sur la plupart des poissons adultes en bonne santé ; les alevins et les autres poissons qui demandent une alimentation particulière ne doivent pas être traités de la même façon.[1]

Un changement d'eau peut réduire les polluants dans une petite installation, mais l'eau neuve doit être correctement traitée, et il faut vérifier sa température, son pH et la qualité de l'eau d'origine. Après le changement d'eau, continuez à mesurer jusqu'à ce que l'installation absorbe de façon stable sa charge habituelle. Si les poissons respirent toujours vite, perdent l'équilibre ou meurent les uns après les autres, contactez en même temps un vétérinaire.[1][2]

Soyez particulièrement attentif aux installations où l'ammoniaque totale est très élevée et l'eau plutôt acide (le Merck Veterinary Manual prend l'exemple d'une ammoniaque totale supérieure à 5 mg/L avec un pH inférieur à 7). Si un grand changement d'eau fait brusquement monter le pH, les ions ammonium, jusque-là majoritaires, peuvent se transformer en ammoniaque non ionisée, plus toxique. Dans ce cas extrême, le Merck Veterinary Manual recommande de transférer les poissons dans une installation propre dont le pH et la température ont été ajustés ; la façon de procéder doit être évaluée par un vétérinaire ou un professionnel.[2]

Les symptômes de l'ammoniaque et des nitrites

Illustration : respiration anormale, bouche ouverte et tête relevée ; l'aspect seul ne permet pas de distinguer ammoniaque, nitrites, manque d'oxygène ou maladie des branchies.
CritèreAmmoniaqueNitrites
Signes courantsAbattement, refus de nourriture, couleurs plus sombres ; en phase aiguë, le poisson peut tourner en rond ou avoir des convulsions.Halètement en surface et respiration rapide ; même si l'eau contient de l'oxygène, le poisson peut se trouver en manque d'oxygène.
Principaux dégâtsLésions des branchies et d'autres tissus, et perturbation des fonctions physiologiques.Oxydation de l'hémoglobine en méthémoglobine, ce qui réduit la capacité de transport de l'oxygène.
Indices visiblesGénéralement aucun signe extérieur suffisant à lui seul pour un diagnostic.Le sang ou les branchies peuvent prendre une teinte brune, mais l'absence de signe visible ne signifie pas l'absence d'intoxication.

Les symptômes varient selon l'espèce, la concentration et la durée d'exposition : le tableau ne donne que des pistes. Le halètement en surface peut aussi venir d'un manque d'oxygène dissous ou d'une infection des branchies.[2][3]

Pourquoi une même valeur d'ammoniaque n'a pas toujours le même danger

L'ammoniaque totale dans l'eau comprend l'ammoniaque non ionisée NH₃ et les ions ammonium NH₄⁺, la première étant la plus toxique. Plus le pH et la température sont élevés, plus la part d'ammoniaque non ionisée est généralement importante ; en eau de mer, le calcul doit aussi tenir compte de la salinité. Une valeur d'ammoniaque totale doit être interprétée avec ces paramètres.[1]

Eau doucepH 7pH 8pH 9
20 °Cenv. 0,39 %env. 3,81 %env. 28,4 %
30 °Cenv. 0,80 %env. 7,43 %env. 44,5 %

Le tableau indique la part de forme non ionisée dans l'ammoniaque totale, d'après les données d'équilibre d'Emerson citées par l'UF/IFAS ; il ne s'agit pas de seuils létaux.[1] Dans la plage des faibles proportions, chaque unité de pH en plus peut multiplier la proportion par près de dix ; à pH plus élevé, cette règle du facteur dix ne s'applique plus.

Dans un aquarium stable, l'objectif est que l'ammoniaque et les nitrites soient indétectables. Une valeur détectable signale qu'il faut vérifier la charge et la filtration, sans que chaque valeur soit immédiatement mortelle ; le risque réel dépend de l'espèce, des conditions de l'eau et de la durée d'exposition.[1][2]

Bien lire l'unité du test avant de calculer

Le TAN désigne l'azote ammoniacal total ; s'il est exprimé en mg N/L, le résultat obtenu en le multipliant par la proportion non ionisée reste exprimé en azote, soit du NH₃-N. Pour passer à la masse moléculaire du NH₃, multipliez encore par environ 17/14. Si l'étiquette du test utilise une autre expression, convertissez selon la notice.[4]

Par exemple, avec un TAN de 1 mg N/L, une eau à 30 °C et un pH de 8, la proportion est de 0,0743 : l'ammoniaque non ionisée représente environ 0,074 mg NH₃-N/L, soit environ 0,090 mg NH₃/L après conversion en masse moléculaire. C'est un exemple de calcul, pas une évaluation de concentration sans danger.

MentionSignificationConversion si nécessaire
mg N/L ou TAN as NAmmoniaque totale exprimée en masse d'azoteMultiplier par la proportion pour obtenir le NH₃-N ; multiplier encore par environ 1,21 pour obtenir le NH₃.
NH₃-NAmmoniaque non ionisée exprimée en masse d'azoteMultiplier par environ 1,21 pour obtenir le NH₃.
NO₂-NNitrites exprimés en masse d'azoteMultiplier par environ 3,29 (d'après les masses moléculaires 46/14) pour obtenir le NO₂⁻.
NO₂⁻Nitrites exprimés en masse moléculaireDiviser par environ 3,29 (d'après les masses moléculaires) pour obtenir le NO₂-N.

Avant de comparer des données de publications ou de produits, la concentration, la base de calcul et les conditions de l'eau doivent concorder. Ne comparez pas directement deux valeurs simplement parce qu'elles sont toutes deux en mg/L.[2][4]

Certains conditionneurs d'eau et méthodes de test peuvent interférer entre eux. L'UF/IFAS signale en particulier que la méthode de Nessler peut être faussée par certains conditionneurs d'eau ou certains médicaments ; si une valeur inhabituelle apparaît après l'utilisation d'un produit pour l'eau, vérifiez la méthode du test et sa compatibilité, au lieu d'ajouter un traitement sur la foi d'un seul résultat.[1]

Pourquoi les nitrites donnent l'air de manquer d'oxygène à un poisson bien oxygéné

Les nitrites pénètrent dans le poisson par les branchies et réduisent la capacité du sang à transporter l'oxygène. Les ions chlorure entrent en concurrence avec les nitrites pour une partie des voies d'absorption : la tolérance varie donc beaucoup selon les espèces et les eaux ; les ions chlorure n'ont rien à voir avec le chlore libre utilisé pour la désinfection.[3]

Ce mécanisme ne se traduit pas directement en une méthode valable pour toutes les espèces. La tolérance varie selon l'espèce, la qualité de l'eau et les autres organismes présents ; aucun additif ne remplace la maîtrise de la charge, les changements d'eau et la filtration biologique. C'est au vétérinaire d'évaluer, d'après la qualité réelle de l'eau, si une mesure supplémentaire est nécessaire.

Le syndrome du nouvel aquarium se juge d'après la charge et les mesures

Tant que les nouvelles masses filtrantes n'ont pas acquis une capacité de nitrification suffisante, l'ammoniaque peut monter d'abord, puis les nitrites s'accumuler. Dans la littérature, la mise en place prend souvent plusieurs semaines, par exemple six à huit, mais ce délai dépend de l'ensemencement, de l'oxygène, de l'alcalinité et de la charge. L'âge de l'aquarium ne remplace pas les tests d'eau.[1][2]

Les micro-organismes nitrifiants ne se limitent pas non plus aux deux bactéries des manuels classiques. Une étude de 2024 a détecté des Nitrospira comammox du clade A dans les 38 échantillons de masses filtrantes d'aquariums d'eau douce analysés ; dans 30 d'entre eux, les gènes fonctionnels d'oxydation de l'ammoniaque correspondants étaient dominants. Cela confirme leur importance dans bon nombre de filtres d'eau douce, mais le nombre de gènes fonctionnels n'équivaut pas à une mesure directe de la vitesse de nitrification, et l'on ne peut pas en déduire que tous les aquariums sont dominés par le même groupe de micro-organismes.[5]

Quel que soit le groupe de micro-organismes nitrifiants, ce que vous devez assurer, ce sont des masses filtrantes suffisantes, une aération stable et une charge adaptée. Certains médicaments, un manque d'oxygène ou une alcalinité insuffisante peuvent réduire la capacité de l'installation ; après un traitement ou l'ajout de poissons, mesurez plus souvent.[1][2]

Questions fréquentes

Après huit semaines, peut-on ajouter beaucoup de poissons d'un coup dans un nouvel aquarium ?

La durée seule ne suffit pas. Les poissons ajoutés et la nourriture augmentent la charge : procédez progressivement et suivez l'ammoniaque et les nitrites pour vérifier que l'installation tient le coup.[1]

L'eau est bonne, mais le poisson halète toujours : que faire ?

Il faut rechercher une maladie des branchies, d'autres substances toxiques ou des lésions dues à une exposition antérieure, et vérifier aussi que les tests sont valides et les mesures correctes. Pour consulter et envoyer des échantillons, voir « Poisson malade : que faire ? ».

Après avoir réduit la nourriture, faut-il encore régler le problème de filtration ?

Oui. Réduire la nourriture allège temporairement la charge, mais à long terme il faut corriger la capacité de l'installation et la densité de population ; on ne peut pas affamer durablement les poissons pour obtenir des valeurs qui n'ont que l'apparence de la normale.[1]

Si un traitement est nécessaire, utilisez des médicaments vétérinaires autorisés et adaptés, selon l'étiquette et les indications du vétérinaire.

Pour aller plus loin

Références

  1. Francis-Floyd R, Watson C, Petty D, Pouder DB. Ammonia in Aquatic Systems. UF/IFAS, FA031, 1990 (révisé en 2022).
  2. Francis-Floyd R, Yanong RPE, Petty BD. Environmental Diseases of Aquatic Animals in Aquatic Systems. Merck Veterinary Manual, révisé en 2023.
  3. Durborow RM, Crosby DM, Brunson MW. Nitrite in Fish Ponds. SRAC Publication 462, 1997.
  4. Florida Department of Environmental Protection. Explanation of the Discrepancy between the Florida Department of Environmental Protection's Un-ionized Ammonia Calculator (Version 2.1) and the EPA Text Table 3 Values in EPA 440/5-88-004, consulté en octobre 2026.
  5. McKnight MM, Neufeld JD. Comammox Nitrospira among dominant ammonia oxidizers within aquarium biofilter microbial communities. Applied and Environmental Microbiology, 2024;90(7):e00104-24. doi:10.1128/aem.00104-24.
Journal

Nous utilisons des cookies Nous souhaitons comprendre comment les visiteurs utilisent ce site afin d'en améliorer le contenu ; ces données peuvent aussi servir à mesurer l'efficacité de nos publicités. Vous pouvez n'autoriser que la mesure d'audience, ou vous limiter aux cookies essentiels. Politique de confidentialité